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Comme chaque anné, la Société des Gens de Lettres a remis, à l'occasion d'une soirée le mardi 3 décembre, ses prix Révélation destinés à encourager de nouveaux talents littéraire.

Les Prix Révélation ont une place particulière parmi les prix de la Société des Gens de Lettres, leurs lauréats forment une « promotion » et leurs livres sont une collection. Ces prix Révélations visent à révéler et à mettre en lumière des écrivaines et des écrivains dont la voix compte. Il faut les lire avec curiosité, plaisir et passion.

Palmarès des Prix Révélation 2019

 

Camille BrunelColine SentenacCamille BRUNEL
Grand Prix du Premier Roman pour  La Guérilla des animaux, Alma éditeur

Né en 1986, titulaire d’un CAPES de Lettres Modernes, Camille Brunel a publié en 2011 un essai Vie imaginaire de Lautréamont, Gallimard.

"Point d’anthropomorphisme dans cette guérilla des animaux, on est bien loin du Roman de Renart où des Garennes de Watership Down. Ce ne sont pas les animaux qui se font la guerre, mais les hommes qui la font aux animaux, à leur façon multimillénaire, sans même s’en rendre compte. Toujours cette même vieille histoire des bêtes qui se font chasser, tuer, dépecer, dévorer par les humains en toute impunité, parce que l’humain est carnivore, n’est-ce pas, et qu’elles ne sont que des bêtes. Que des bêtes. Eh bien non, c’est fini. Isaac a déclaré la guerre à la vieille carne humaine. Comme tu as fait périr ton prochain, animal, tu périras. Le Vieil homme et la mer, quelle foutaise ! C’est le vieux qui aurait dû mourir à la fin. Les vieux, on n’en manque pas sur cette terre alors que l’espadon est en voie de disparition.

On voyage beaucoup dans ce livre nerveux traversé de colère, de rage, et d’amour. De Vancouver à l’Amazonie en passant par L’Asie, par l’Afrique, le monde est soigneusement quadrillé par un Isaac, preux chevalier de l’Animalisme, érigé en star mondiale, un Isaac qui veut la terre « toute belle. Maquillée de paons, de panthères et de pandas roux… ».  Ni tiédeur, ni demi-mesure dans cette guérilla-là : si le salut des bêtes doit passer par l’extermination des humains, qu’il en soit ainsi. Mais que pèse la détermination d’un Isaac dans un monde aussi profondément anthropocentré ? Il en faudrait des millions comme lui pour inverser la vapeur. En attendant, sa trajectoire lance-flammes et sa radicalité ont le mérite de nous forcer à penser autrement la cause animale. On n’est plus tout  fait le même quand on referme le livre de Camille Brunel."

Marie Sellier, écrivaine, scénariste, membre du Comité

 

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Dali Farah Philippe MatsasDalie FARAH
Prix Dubreuil du premier roman pour Impasse Verlaine, Grasset  

Née en Auvergne en 1973, de parents immigrés d’Algérie, Dalie Farah est agrégée de lettres et enseigne en classes préparatoires près de Clermont-Ferrand.

« L’Algérie, c’est son Eden. On peut survivre à tout quand on survit à sa mère ». Dès les premières lignes, le ton est donné : on va suivre un couple mère – fille où la tendresse ne s’exprime pas, où les coups pleuvent sur la petite. De ce paradis originel, l’Algérie, cette mère qui se nomme Vendredi car née ce jour-là, violée à l’adolescence par son frère et rossée par sa propre mère, sera chassée, obligée de suivre son mari en France, dans un village auvergnat. La grossesse de Vendredi, « cette tumeur utérine », n’est pas voulue. Vendredi aurait aimé continuer à porter des mini -jupes et à imiter ses voisines en s‘initiant à la confiture d’abricots. Mais un autre départ attend la famille, pour la ville de Clermont Ferrand et son anonymat. La narratrice va grandir et saura trouver l’amour et les mots pour dire ce qui la lie à une mère terrible mais, et c’est la force du texte - aussi attachante. Un roman d’une douceur et d’une écriture limpide, qui raconte avec sensibilité l’intégration d’une famille algérienne, où les coups remplacent parfois les mots, mais où l’humour et les livres sauveront la fille. Devenue professeur agrégée, l’auteur apaisée décrit sa famille avec drôlerie et amour : on sort de ce livre griffé au cœur par l’énergie communicative qui s ‘en dégage, la volonté de s’en sortir et de guérir par le pouvoir de la littérature.

Ariane Bois, romancière, journaliste, membre du Comité

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Denis DrummondDR

Denis DRUMMOND,
Prix « RÉVÉLATION»  pour La Vie silencieuse de la guerre, Cherche Midi    

Né en 1955 à Paris, de père écossais et mère française, Denis Drummond est pensionnaire chez les jésuites avant de suivre l’enseignement supérieur à Science Po Paris. Titulaire d’un Master 2 en Économie à Assas,  il a passé toute sa carrière dans l’industrie, dont dix années à la présidence des Salins du Midi.  

Chez Domens éditeur, il a publié 3 romans, La Ballade d’Ardrossan, 2007 ; Les Quatre saisons de Monsieur Monet, 2010 ; Le Détachement du monde, 2016 et 3 recueils de poésie : Ecoute s'il pleut, 2004 ; Les Commencements graves, 2004  et Ecritures humaines, 2005.

Une vie silencieuse : aucun titre ne pourrait mieux correspondre à ce qui se déroule et se dévoile pas à pas, dans ce roman à l’écriture à la fois élégante et mystérieuse, au fil des carnets de guerre et des négatifs de photos de ce testament d’un reporter disparu, sous les yeux de celle qui l’a aimé et du galeriste qui a été choisi pour en faire une exposition. Atmosphère étrange, finesse de la langue - si rare, avec ce refus de phrases choc - et références aux poètes, écrivains, photographes, peintres, dans l’écriture au présent, et puis, à chaque fois, pour chacune des quatre guerres, - Rwanda, Bosnie, Afghanistan, Irak - ces images et ces mots qui disent l’horreur, ces photos - inventées – qui recréent, soudain, la guerre. Ce qui fait la richesse et la force de l’écriture de Denis Drummond, c’est cette sorte de mise à distance entre le présent presque silencieux, bouleversé, des deux sur-vivants qui lisent, regardent, découvrent, et le passé - tellement brûlant - d’une guerre dont on imagine, pressent, ressent intensément, au travers des photos et des mots du reporter Enguerrand, le fracas. On se croit presque ailleurs, dans un autre temps - à cause de ce calme de la langue - alors que c’est aujourd’hui, comme hier, et sans doute, hélas, demain.

Françoise Henry, écrivaine, comédienne, membre du Comité

 

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Ryad Girod Barzakh P.O.L Ryad Girod
Prix Révélation pour Les Yeux de Mansour (P.O.L)

Né en 1970 à Alger, Ryad Girod y enseigne les mathématiques au lycée français. Il a enseigné aussi à Ryadh et à Paris.

Son premier roman, Ravissements, est paru en 2010 chez José Corti. Il est publié en Algérie par les éditions Barzakh qui ont publié son second roman, La fin qui nous attend, en 2015.

"À Riyadh, en Arabie Saoudite, de nos jours, un homme, Mansour, est sur le point d’être décapité sur Al-Safa Square. Tandis que la foule exige à voix haute sa pitance de sang, le narrateur et ami du condamné tente de comprendre le chemin ayant mené ce Syrien en exil, idiot lucide et inspiré, à son exécution pour hérésie.
Ryad Girod, dont c’est le troisième roman, impose, avec
Les yeux de Mansour, une voix puissante et musicale. Il joue de la litanie comme de la syncope, enroulant autour du lecteur une étoffe qui fascine, qui étouffe aussi, tant ses motifs - omniprésence du grotesque en politique, violence de régimes prétextant la foi, héritage perdu de l’émir Abdelkader, ivresse nécessaire du sexe ou des drogues - rendent tangible l’absurdité d’un monde contemporain voué à l’égarement."

Carole Zalberg, romancière, membre du Comité

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Denis Rossano Miguel Bejo Allary EditionsDenis Rossano
Prix Révélation  pour Un Père sans enfant, Allary Edition

Journaliste et romancier, Denis Rossano réside depuis 1996 à Los Angeles, où il a longtemps été correspondant cinéma pour la presse française.

"C’est l’histoire d’un couple qui se sépare avec au milieu un garçonnet et de quatre ans. Une histoire banalement triste, même au début des années 30. Mais nous sommes ici en Allemagne et Hans Detlef  Sierck, réalisateur de cinéma, est tombé fou amoureux d‘une actrice juive. Bientôt ils devront prendre la route des Etats-Unis, laissant derrière eux le petit Klaus. Poussé par sa mère, celui-ci deviendra un enfant star, symbolisant partout en Allemagne et dans le monde, le parfait petit aryen, le symbole du Troisième Reich triomphant. Comment un père peut- il survivre à la séparation ? Denis Rossano livre un texte bouleversant sur l’absence, la douleur et le manque d’un homme qui comptera parmi des plus grands cinéastes à Hollywood mais qui ne pourra admirer son fils que sur pellicule. Dans ce portrait en demi-teinte de l’Allemagne nazie et du cinéma de cette époque, on plonge avec émotion et on se laisse emporter par le mélodrame, bien réel cette fois. L’un des films phares de Douglas Sirk se nomme « Mirage d’une vie ». Dans ce texte, petit bijou de délicatesse, nous y sommes."

Ariane Bois, romancière, journaliste, membre du Comité.

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Sébastien FEVRYDRSébastien Fevry
PRIX RÉVÉLATION de Poésie pour Solitude Europe, Cheyne Edition

Né en 1976 en Belgique, et après des études de lettres et de cinéma, il enseigne à l’université. Solitude Europe, son premier recueil de poèmes, a reçu le Prix triennal 2018 Nicole Houssa de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et le Prix François Coppée 2019 de l’Académie française.

"Ce premier recueil de Sébastien Fevry s’inscrit dans une veine narrative qui n’est pas sans évoquer une certaine poésie américaine. Une veine presque prosaïque, s’efforçant de faire entrer par effraction le quotidien et le banal – qui sont la vie même – dans la forme poétique. Si les textes de Sébastien Fevry sont marqués par leur génération (celle du monde du travail innervé par la logique capitaliste, du déplacement des frontières, mais aussi de la violence télécinévisuelle qui rend poreuses les limites entre fiction et réalité), ils se déploient sur un immense singulier. Fevry s’empare de ce réel ordinaire, le tisse d’un imaginaire fantasmé et ce faisant le porte au plan métaphysique, ce qui est le mouvement suprême de la poésie. Ses poèmes obsèdent par leur puissance d’efficacité, leur intelligence inspire et aide à voir le monde avec plus de lucidité.

Décerner le prix Révélation poésie de la SGDL à ce recueil est un geste fort en direction d’une poésie à la fois accessible et profonde, sensible et incarnée."

Emmanuelle Favier, écrivaine, membre du Comité

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Eugène GreenDR

Eugène Green
PRIX du Premier Recueil de nouvelles pour Les Interstices du Temps, Editions du Rocher

Cinéaste et dramaturge, Eugène Green a réalisé de nombreux films parmi lesquels : Le Pont des Arts (2004) ; La Religieuse portugaise (2009) ; La Sapienza (2014) ; Faire la parole (2014) ; Le Fils de Joseph (2016) ; En attendant les Barbares (2017).

Romancier, il a publié La Reconstruction, Actes Sud, 2008 ; aux éditions Gallimard : La Bataille de Roncevaux, 2009 ; La Communauté universelle, 2011 ; Les Atticistes, 2012 ; chez d’autres éditeurs : Un Conte du Graal, Diabase, 2014 ; L’inconstance des démons, Robert Laffont, 2015 ; Les Voix de la nuit, Robert Laffont, 2017 et L’Enfant de Prague, Phébus, 2017.

Il a publié également deux livres pour enfants à L’Ecole des Loisirs : Les Saisons, 2019 et Les Renards de Londres, sortie prévue 2020 et plusieurs essais, notamment Présences, essai sur la Nature du cinéma, Desclée de Brouwer/Cahiers du cinéma, 2003 ; Poétique du cinématographe, notes, Actes Sud, 2009 ; Shakespeare ou La lumière des ombres, Desclée de Brouwer, 2018.

"Eugène Green, en vingt ans, produit 12 films, 2 recueils de poésie, 6 essais, 8 romans, bref, il n’arrête pas ! Et, en 2019, il rassemble 5 mini fictions (je le cite…) susceptibles de participer au Prix du 1er recueil des suscitées ! Rien n’est jamais simple dans le monde des définitions. En tant que nouvelliste et présidente du Prix, Les interstices du temps, plutôt généreux quant au besoin de temps de lecture, m’incite à conclure qu’on lit là plutôt de courts romans que de la Nouvelle au sens classique du terme… Et porter un jugement sur les textes d’un inconnu – car je n’avais rien lu de sa main – ce n’est pas facile dans la mesure où l’on pense à ce qu’on aurait fabriqué sur les mêmes sujets !

Les Martiens de Ménerbes relèvent de la science-fiction et La lumière manuelle, itou. Le jeune Jocelyn par exemple, et très jeune encore, a des mains fabuleuses qui redonnent vie aux morts, aux passions qui s’éteignent, à la vie si difficile de certains… Quant à Bisclavret, il se transforme en loup quand la lune est à son plein ! Durant la guerre, il reste loup longtemps, efficace dans une résistance particulière, et puis la guerre se termine, et le loup retrouve ce qui l’habille en homme !

Bien construites, bien écrites, savoureuses à coup sûr, Les Interstices du temps sont un joli travail."

Christiane Baroche, écrivaine

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Camille Nivelle
Prix Révélation de traduction

Les Dévastés de JJ Amaworo Wilson, Editions de L’Observatoire (Traduction de l’Anglais Etats-Unis)

Entre dystopie et utopie, ce roman nous raconte l’histoire de ces Dévastés, des sans abri, qui se réfugient dans un gratte-ciel délabré, où ils recréent leur propre univers qui leur permettra de remporter des victoires improbables. Dans ce texte riche et dense, Camille Nivelle fait preuve d’un talent de traducteur prometteur.

Evelyne Châtelain, traductrice, membre du Comité

 

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 Sabine RINGELHEIM Pierre LORQUET Luc MALGHEM Le Collectif 1chat1chatDR

Sabine Ringelheim, Pierre Lorquet, Luc Malghem (Le Collectif 1chat1chat)
Grand Prix de la Fiction Radiophonique pour Requiem pour un bon éléve

Après deux romans écrits en duo, Luc Malghem (journaliste et scénariste de formation, aujourd’hui chargé de projets au Centre Librex) et Pierre Lorquet (metteur en scène de théâtre et scénariste de formation, programmateur à la Maison du Livre de Bruxelles) décident d’explorer les codes de la narration radiophonique. D’emblée rejoints par la journaliste Sabine Ringelheim (historienne de formation et auteure de documentaires à BX1, la télévision locale bruxelloise) et le comédien Alain Eloy, ils tentent de donner à leurs fictions des allures de documentaires, avec le but d’accorder au réel la densité des histoires inventées. Ils se lancent actuellement dans l’aventure cinématographique.

Réalisations radiophoniques du Collectif 1chat1chat : Requiem pour un bon élève a été plébiscitée par le comité de la SGDL. Elle a été diffusée dans l'émission Par Ouï-dire, sur la RTBF, en janvier 2018 ; Dans la Tour, (50’) production RTBF/FACR, 2014 ; Histoire de la femme creuse (50’), production RTBF/FACR, 2009 ; Noce de chiens (50’), production RTBF/FACR, 2007 ; Prix 2008 de la réalisation au Festival des Radiophonies de Paris ; Alain l’Africain (50’), RTBF, 2004 ; Prix SACD Belgique 2004 ; Trois journées dans la vie des Belges (50’), RTBF, 2003 ; Portait de rue avec dame, docu-fiction (30’), Radio Panik/Le crayon libre, 2001

Martin Grenier est mort. Il s’est immolé par le feu, sur le parvis du Service Emploi Chômage. Martin y exerçait le métier de facilitateur, avant que cette fonction ne soit supprimée. Comment, pourquoi, au terme de quelle souffrance a-t-il commis l’irréparable ? Que voulait-il nous dire par son geste ? Et qui accuser ? L’émission « Le monde dans sa chute » renvient sur l’événement, en compagnie de la réalisatrice d’un film d’entreprise avorté dont Martin Grenier aurait dû être le centre. Mais rapidement l’émission déborde, des voix s’entrecroisent, se répondent, prennent leur envol, décrivant un monde tout droit venu d’un futur proche, pas forcément enviable. Nous voilà prévenus.

Christophe Deleu, auteur, professeur des Universités et directeur du Centre universitaire d'enseignement du journalisme, membre du Comité

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