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La Société des Gens de Lettres fait ses tristes adieux à Pierrette Fleutiaux, celle qui depuis toujours gardait les yeux grands ouverts dans l’émerveillement d’exister.

Romancière, nouvelliste, auteur de livres pour enfants Pierrette Fleutiaux était membre de la SGDL depuis 1988.

Elue administratrice en 2007, elle fut vice-présidente aux affaires culturelles de 2008 à 2014, puis première vice-présidente jusqu’en 2017, années au cours desquelles elle aura marqué de sa joyeuse empreinte une contribution active et généreuse auprès des auteurs.

Créatrice inlassable de passerelles entre les disciplines, toujours à l’affut du vivant, elle a notamment été l’initiatrice des rencontres « Science et littérature » au cours desquelles des scientifiques venaient témoigner de leur expérience d’auteurs de fiction. Le premier volet, en 2010, fut naturellement consacré aux astrophysiciens, dont l’univers fascinait Pierrette Fleutiaux comme elle le dit dans le Dictionnaire des mots parfaits, à paraître aux éditions Thierry Marchaisse :

« Astrophysique » résonne clair et loin. On est parmi les étoiles, mais on n’est pas dans le rêve, on est dans le corps de l’univers, dans sa physique. Légèreté des photons, noirceur de l’espace. Et mon respect sans bornes pour les chercheurs, pour la science.

Dernièrement Pierrette avait travaillé à l’adaptation pour l’opéra de son roman Nous sommes éternels, dont elle a réécrit le livret, aidée de Jérôme Fronty avec la collaboration de Philippe Sireuil. Elle a heureusement eu la joie de le voir monté à l’Opéra de Metz en novembre 2018.

Pierrette n’est plus, elle est partie en une ultime pirouette, elle qui n’était jamais où on l’attendait, qui aimait les pas de côté, les chemins de traverse, les détours, les rebours, les fuites en avant  comme le souligne la présidente de la SGDL.

Une grande dame est partie, lisons ses livres pour la retrouver.

SGDL 28/02/2019

 

 

Pierrette

Nous devions déjeuner ensemble, aller au théâtre ensemble, nous voir bientôt au comité et  dans le cadre du jury des prix de la SGDL dont elle était l’un des piliers, et puis, soudain, elle n’est plus là. J’écris elle n’est plus là, et je ne le crois pas. Pas elle. C’est inimaginable de penser que Pierrette qui était la vie-même, la joie-même, la curiosité-même, est soudain passée de l’autre côté, que cette présence inouïe de Pierrette doit désormais se conjuguer au passé. Et à la fois, ça lui ressemble tellement, cette ultime pirouette, elle qui n’était jamais où on l’attendait, qui aimait les pas de côté, les chemins de traverse, les détours, les rebours, les fuites en avant.

Elle avait eu dernièrement la grande joie de voir SON opéra, Nous sommes éternels, monté sur la scène de Metz et elle était éblouie de l’arrivée de ce premier petit-fils après deux petites-filles adorées. Elle lisait avec passion, écrivait avec passion, vivait avec passion. Tout en Pierrette était intense et bon. 

Nous avons perdu une alliée, une amie, une sœur.

Marie Sellier, présidente.

 

Pierrette n'est plus.

C’est impossible.

Cette phrase est impossible. C’est une pièce de puzzle qu’on essaierait de faire entrer de force au mauvais endroit.

Pierrette, ma Pierrette cacahouète, c’est l’enfance au coin des yeux, le rire en cascade, le rêve éveillé, c’est l’énergie d’un volcan et la douceur d’un ruisseau sous les fougères. Comment cette Pierrette, notre Pierrette à tous, si pétulante et généreuse, marraine universelle des bébés écrivains, habitée de mille projets ambitieux ou minuscules, aussi passionnée par la constitution des planètes que par l’évolution de ses petits-enfants, amoureuse, oui, du monde et de ses infinis, amoureuse-vivante, comment peut-elle n’être plus? 

Pierrette n’est plus ici mais elle est là, dans nos souvenirs rieurs, dans les allées du Monoprix où nous nous croisions et tenions de longs conciliabules tandis que chez nous, on se demandait où nous étions passées. Elle est sur l’herbe de l’Hôtel de Massa où il lui arrivait, aux beaux jours, de s’allonger pour faire la sieste, à la Terrasse de Gutenberg où elle donnait autant dans le public que lorsqu’elle était la reine de la soirée. Elle est facétieuse et brillante au micro, lors des cérémonies de remise de prix ou pour sa belle leçon de littérature à la BNF. Elle plaisante avec mes enfants et les trouve tellement grandis. Elle s’intéresse tout d’un coup à un sujet très compliqué et creuse, interroge, lit, ne lâche pas l’affaire. Elle assiste enfin, après des années de travail et d’attente, à toutes les représentations de l’opéra tiré de son plus beau roman. 

Elle est partout où je regarde en moi. C’est donc qu’elle est. 

Et d’ailleurs, elle l’a écrit : nous sommes éternels. 

Carole Zalberg, secrétaire générale

 

Pierrette

15 mars 2019, Père Lachaise

Il est un lieu que Pierrette aimait, je le sais, elle me l’a souvent dit, c’était l’hôtel de Massa où siège la Société des Gens de Lettres. 

Elle aimait la lumière qui baigne les grandes pièces en enfilade, le parquet Versailles un peu fatigué, les pères fondateurs faisant sagement tapisserie, le jardin clos aux essences rares où il lui arrivait à la belle saison, entre deux réunions, de faire une sieste, courte mais réelle, voluptueusement allongée sur l’herbe comme un Maillol, en plus chaste, à l’ombre de l’arbre à perruque. C’était Pierrette. 

Là-bas à Massa, elle était chez elle. C’était sa maison. Je crois bien qu’elle aimait tout de Massa jusqu’à la fresque de l’entrée que certains d’entre nous trouvaient un peu moche et dont nous avions envisagé de nous séparer, et qu’elle a défendue bec et ongles avec l’énergie et l’autorité que nous lui connaissons. Elle ne lâchait rien, Pierrette, quand elle s’emparait d’une cause, aussi menue soit-elle. Et si elle n’était pas d’accord, elle le faisait vertement savoir. Soudain, l’objet  devenait de la plus haute importance, elle s’engageait tout entière et nous forçait à envisager la question sous un angle différent, Ce que Pierrette aimait pouvait-il être fondamentalement mauvais ou laid ? 

Entrée le 15 mars 1988 à la SGDL (c’est-à-dire il y a 31 ans précisément, aujourd’hui), elle avait rejoint le Comité en novembre 2007 et occupé la fonction de  vice-présidence aux affaires culturelles avant de devenir Première vice-présidence au départ de Noëlle Chatelet. 

Formidable lectrice, véritablement gourmande de beaux et bons livres, elle imagine rapidement de mettre les jeunes auteurs à l’honneur et initie la soirée premiers romans qui, pendant 10 ans, fit venir tant de primo romanciers à Massa, tous genres confondus. Pierrette n’aimait ni les cases, ni les barrières. 

Cette soirée, qui avait traditionnellement lieu à l’automne, c’est elle qui l’orchestrait, la mettait en scène, bâtissant des scenari fougueux et inventifs qui lui permettaient d’établir un lien entre les différents ouvrages présentés. C’est aussi elle qui l’incarnait, et pourrait-on dire l’interprétait, bondissant d’un endroit à l’autre, ne ménageant pas sa peine et son talent de comédienne pour partager ses coups de cœur, ses emballements, généralement en duo avec Carole Zalberg. 

C’était tonique, drôle, enlevé, de véritables performances, destinées à mettre en valeur un autre ou une autre que soi et dont les auteurs des livres ainsi sortis du lot, se souviennent encore. Pure générosité. C’était Pierrette. 

Ses bonheurs de lecture, il fallait qu’elle les partage. Elle ne s’en est pas privée non plus en tant que juré des prix de printemps et d’automne de la SGDL, où elle était toujours force de proposition, troussant des chroniques qui nous mettaient l’eau à la bouche, défendant mordicus un titre, sans jamais lâcher le morceau, quitte à aller le repêcher s’il partait à la trappe, faisant la moue pour signifier que tel autre ne cassait pas la baraque. Engagée toute entière, irrésistible, et arrivant si bien à ses fins. C’était Pierrette.

Et puis il y avait la science, ce continent, que dis-je cet univers, à aborder et à explorer différemment, par la face des lettres. Les soirées sciences et littérature qu’elle a imaginées avec la complicité de Cristina, sont parmi les plus brillantes auxquelles il m’ait été donné d’assister à Massa. 

Les géographes, les médecins, les psychanalystes et bien entendu ses chers astrophysiciens, sont tous venus nous faire rêver, ouvrant des portes cachées sur des pans insoupçonnés de savoir et d’humanité. Un vrai régal, un festival ! Curieuse de tout, de l’inconnu, du cosmos, des sujets les plus techniques, les plus rébarbatifs, c’était Pierrette. 

Emerveillée par le vivant, elle était insatiable dans son questionnement. Elle voulait tout savoir, tout connaître, tout comprendre, et à la fois elle se promenait dans sa bulle, comme une cosmonaute désarmante de candeur. C’était la reine des questions loufoques, incongrues, piquantes, drôles. L’impératrice de la fantaisie à tous les étages. C’était Pierrette.

Partageuse, aimant passionnément tisser des liens, créer des passerelles, elle a été une grande ambassadrice de la SGDL, donnant envie à de très beaux auteurs de nous rejoindre.

Dans cette maison des auteurs qui était la sienne, cette grande dame de la littérature, auteur 

( autrice ) de livres inoubliables ( Nous sommes éternels a marqué toute une génération de lecteurs ) accueillait les nouveaux venus avec une chaleur qui n’avait rien de feint, témoignant à chacun une attention particulière, les mettant à l’aise, ils sont nombreux à m’en avoir parlé. 

Et pour nous, Carole et moi, qui tenions la boutique, elle avait toujours un regard, un mot gentil mâtiné d’affectueuse ironie. Ce que vous êtes élégantes aujourd’hui, mesdames s’extasiait-elle en débarquant au Comité, l’œil pétillant en  jean et perfecto noir, le livre en cours corné à la main. C’était Pierrette. 

Pierrette n’avait que faire des masques, Elle était elle-même, une et indivisible, dans  son œuvre comme dans la vie.  Modeste, attentive, et tellement passionnée par l’autre qu’elle était en vérité plus jeune que beaucoup de plus jeunes qu’elle, Je ne suis pas la seule à avoir été étonnée en découvrant son âge. Je n’y avais jamais pensé. Mais c’est certain, c’est exactement ainsi que nous voulons être à 77 ans.

Au nom du Comité, au nom des adhérents et des  salariés de la SGDL, qui sont nombreux ici ce matin, je ne te dis pas adieu, Pierrette, mais un simple au revoir. Tu as été si présente, si vivante que les murs de Massa vibreront longtemps de tes éclats de rire, de tes étonnements, de tes prises de position décalées et de ta formidable empathie. 

Nous ne sommes pas prêts de t’oublier, Pierrette. Tu étais bien trop vivante pour mourir.

Marie Sellier 

 

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